Chapitre 24 : Goodbye Stranger

Supertramp – Goodbye Stranger

(C’était quand-même le comble de pas avoir encore mis de Supertramp sur un blog qui parle de voyage !)

Même maintenant alors que je travaille 11h par jour dans un village paumé au fin fond de l’Otago, je suis d’une certaine façon toujours en voyage. Ici comme souvent en Nouvelle-Zélande, les langues se délient et les langages s’entremêlent. Mes colocs français sont partis et c’est un couple Tchèque qui les a remplacés !

Car j’ai découvert cette année au voyage une deuxième dimension dont je ne soupçonnais pas l’existence. Au voyage physique dans le pays visité, s’ajoute un tour du monde imaginaire au travers des conversations avec les gens rencontrés.

Je tiens d’ailleurs toujours à peu près à jour cette carte des gens que j’ai rencontrés en chemin ; je regrette maintenant de ne pas y avoir inclus aussi les néo-zélandais et je la trouve à la fois trop imprécise ou trop voyeuriste, mais quand-même, ça fait du beau monde ! 170 mine de rien c’est plus que la première génération des Pokémons ! Mewtwo n’a qu’à bien se tenir !

https://www.zeemaps.com/map?group=1679097#

J’ai remarqué en chemin que les habitudes de voyage ou les façons de pratiquer le working holiday différent pas mal suivant le pays d’origine. C’est donc à la suite d’une étude sociologique très approfondie que j’ai voulu vous livrer un profil type pour les principales nationalités rencontrées (comprendre : je débite trouze mille clichés au kilomètre à partir de mes seules observations).

Les Allemands sont, sans doute possible, les voyageurs les plus présents en Nouvelle-Zélande. Une légende raconte qu’une auberge de jeunesse doit comporter au minimum 50% d’Allemands pour avoir l’accréditation. Il m’est arrivée à plusieurs reprises d’être le seul non-teuton dans un dortoir, une cuisine, une salle commune. Ce sont les premiers à le déplorer car, lors d’une année où ils veulent perfectionner leur anglais, ils entendent de l’allemand partout où ils vont.

Beaucoup partent en working holiday après avoir fini le lycée, à 18 ou 19 ans, quelque chose d’assez impensable en France. Les écoles, associations de jeunesse les y encouragent, et c’est vu comme un point positif quand ils postulent pour des études supérieures. Ils partent pas mal par groupes de 2, 3 ou 4 amis du même lycée. C’est une majorité mais bien sûr d’autres partent plus vieux, au milieu ou à la fin des études. J’en ai aussi croisés qui étaient en Nouvelle-Zélande pour quelques semaines de vacances après avoir travaillé en Australie ou au pays.

Les Français sont un peu moins nombreux que les Allemands mais restent bons deuxièmes. Ils partent aussi en working holiday mais généralement plus vieux, je n’en ai rencontrés que 2 de plus jeunes que moi, tous avaient fini leurs études voire déjà travaillé. Beaucoup sont en couples, certains mariés, et plusieurs profitent de leur dernière année avant les 31 ans (le visa étant réservé aux 18-30 ans). J’ai l’impression qu’un bon nombre vit cette année comme une réponse au chantage à l’emploi en France : mieux être en vacances ici qu’au chômage là-bas, faire un job alimentaire ici que là-bas, ou encore se donner le temps de réfléchir à une réorientation.

Ils voyagent beaucoup en van et si la langue officielle des auberges reste l’allemand, le français domine dans les campings gratuits. Un ami dit que c’est parce que les Français sont radins, c’est à mon avis surtout parce que le van est un choix plus intéressant pour un couple et que, plus vieux, ils ont un peu plus de ressources et d’expérience pour acheter un véhicule.

Les Anglo-Saxons (Britanniques, Irlandais, Américains, Canadiens) sont également assez nombreux à venir avec un working holiday visa mais leurs pratiques différent pas mal. Étant culturellement proches et linguistiquement favorisés, ils trouvent en général un boulot dans leur domaine, souvent dans les grandes villes et on les retrouve moins (ou à de meilleurs postes) dans les fermes.

Beaucoup envisagent le working holiday comme partie de leur carrière alors que c’est souvent une pause pour les Européens ou les Asiatiques. Ils peuvent travailler au même endroit toute une année avant de prendre des vacances sur un visa touriste, ou encore rester plus longtemps, le visa travail étant plus facile à obtenir pour eux.

D’autres, notamment les Américains et Australiens peuvent venir simplement en vacances pour quelques semaines. Ils voyagent alors d’une façon consumériste assez effarante.

On peut en croiser cependant qui font un working holiday à l’européenne, enchaînant petits boulots et voyage.

Chez les Asiatiques (Chinois, Taïwanais, Malaisiens, Singapouriens) le ratio vacances/travail penche sérieusement en faveur du second. Ils ont généralement plus de 25 ans et enchaînent souvent boulot sur boulot avec quelques semaines de vacances entre les deux.

Pour les Malaisiens et Singapouriens, c’est notamment dû au fait que leur visa ne dure que 6 mois (ce qui est bien trop peu) et qu’ils peuvent obtenir une extension de 3 mois après avoir travaillé 3 mois. Le calcul est vite fait ! Cependant, ils continuent de travailler même après, et les chinois et taïwanais font de même. C’est sans conteste une culture différente.

Les Japonais, eux, peuvent venir plus jeunes mais passent systématiquement un ou deux mois dans une école d’anglais avant de véritablement commencer le voyage. Et heureusement, parce que même après ça leur niveau est assez catastrophique.

J’ai l’impression qu’ils voyagent de façon un peu plus décontractée que les autres Asiats, avec pas mal de wwoofing notamment.

En plus du quota de 50% d’Allemands dans chaque auberge de jeunesse, il y a en général un, mais un seul Néerlandais. Ils sont mine de rien assez nombreux en working holiday !

Les Suédois ne font pas de vacances-travail car ils gagneraient moins ici qu’à la maison, ils font donc aussi une année de césure mais en bossant en Suède pour ensuite voyager pendant 3 à 5 mois dans plusieurs pays. De même pour les Suisses qui eux, n’ont même pas la possibilité du working holiday.

On rencontre aussi des voyageurs d’autres pays d’Europe ainsi que d’Amérique Latine, mais nettement moins que les nationalités citées au dessus. La plupart de ces pays ont en effet un nombre de visas limités (seulement 200 par an pour l’Espagne par exemple…). J’ai quand-même rencontré un petit nombre d’Italiens et de Tchèques.

Enfin, dans l’Île du Sud, on peut croiser pas mal de ni-Vanuatu (c’est comme ça qu’ils s’appellent). Eux ne sont pas en vacances mais viennent combler le manque de travailleurs saisonniers du pays, selon un accord passé entre les gouvernements de Nouvelle-Zélande et de Vanuatu. Il y en a une bonne trentaine dans ma packhouse. Ils sont là pour 7 mois, ils font d’abord les vignes puis les pommes.

Ils sont payés comme nous au SMIC mais comme ils passent par un intermédiaire qui leur trouve le job, s’occupe du transport, du logement et que leur salaire entretient toute la famille, ils ne reviennent pas vraiment au pays riches comme Crésus… Comme il n’y a pas vraiment de boulot là-bas, ils reviennent tous les ans.

La couleur de peau très foncée des Mélanésiens de Vanuatu (apparentés aux Kanaks) met en lumière les grands absents de ma liste : pas d’Africains en Nouvelle-Zélande, les seuls Noirs qu’on croise sont Américains, Français, Britanniques bref c’est très rare. Le pays délivre ses visas d’une façon complètement opportuniste à ceux qui ont des sous, mais bon, c’est pas nouveau. Petite tache d’ombre au tableau donc : je pourrai dire que j’ai rencontré au cours de mes péripéties des gens de tous les pays du Monde, surtout les riches. Mais ça reste une aventure humaine formidable !

Sans transition, quelques photos :

2 réflexions sur “Chapitre 24 : Goodbye Stranger

  1. Cécile Jebeili

    Même si ces réflexions ne sont nourries que par vos seules observations, cela reste très intéressant …
    PS : aucun rapport, mais les dossiers d’inscription sont en ligne sur le site de la formation …

    J’aime

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