Chapitre 29 – Sous les sunlights des tropiques

Gilbert Montagné – Sous les sunlights des tropiques

(Je pose ça là)

Dès l’arrivée à Singapour le 11 Juin au soir, le dépaysement est total. Pour la première fois de ma vie, je suis le seul blanc dans le métro. Une fois arrivé en centre-ville, je remonte à la surface, et là, deuxième choc : la chaleur est intense même au crépuscule. On est juste au dessus de l’équateur. Loin, bien loin de l’hiver néo-zélandais et de l’automne australien.

Il faut resituer un peu le contexte, on parle là d’une ville au nom Indien qui a longtemps été capitale des Malais avant d’être détruite par les Portugais, refondée par les Anglais et est aujourd’hui majoritairement peuplée par les Chinois. À l’heure actuelle on est sur 75% de Chinois, 20% de Malais et 5% d’Indiens et Européens (selon mes sources locales). Niveau religion, dans les 40% de Bouddhistes (différents courants), 25% de Chrétiens (différentes églises), 20% de Musulmans à la louche. C’est un joyeux bazar.

Mon auberge se situe près de Bugis, dans le quartier Musulman, originellement Malais mais dans ma rue c’est beaucoup d’Arabes, de Turcs, de Persans qui vendent des tapis et des kébabs. Le soir, le muezzin chante pour annoncer la fin du jeûne quotidien (j’avais pas calculé avant ça que j’allais passer le mois du ramadan dans le pays à majorité musulmane qu’est la Malaisie). C’est une des rares zones conservées de la ville du XIXe siècle et c’est plutôt mignon.

Au début en marchant dans le centre-ville, je croise que des touristes qui suffoquent comme moi sous le soleil écrasant. À la recherche d’un adaptateur de courant, je rentre dans un centre commercial et là, je comprends : tous les locaux sont là à profiter de la climatisation ! Des centres commerciaux, il y en a plein, et partout, à tel point qu’il est possible de remonter certaines rues sans passer à l’extérieur, rien qu’en passant de mall en mall.

Au cours de mon séjour je rencontre Jeanette, Faith, Dominic, Eugene, Yan Jun qui se font un devoir de parfaire mon éducation culinaire. Murtabak, roti john, nasi goreng pattaya, chilli stingray, satay chicken, laksa, et plein de trucs dont j’ai oublié le nom (vous m’excuserez), c’est l’attraction principale ici comme ça le sera en Malaisie sans doute, c’est pas cher et très bon.

Tout le monde s’étonne que je reste 6 jours dans la ville, arguant qu’il n’y a pas grand chose à y voir et que la plupart des touristes restent 3 jours, mais c’est une culture qui devient fascinante quand on s’aventure au-delà des vitrines que sont la Marina ou Chinatown pour voir l’arrière-boutique, les quartiers où vivent vraiment les Singapouriens.

La langue, ici, c’est l’anglais, ou plutôt le Singlish (pour Singaporean English). Au départ pidgin servant à la communication entre les communautés, c’est aujourd’hui la langue maternelle d’une majorité de la population. On est proche du Manglish malaisien puisque les bases sont les mêmes, avec quelques subtilités. La grammaire est un peu plus construite mais toujours avec des « la »,  » meh », « wo » qui ponctuent les phrases, c’est délicieux ! À attraper à la volée car ils utilisent un anglais beaucoup plus standard quand ils parlent à un « ang moh » (blanc).

Singapour a 2 visages qui paraissent difficilement conciliables. D’un côté il y a les habitants qui perpétuent leurs différentes traditions, langues, religions, dans les vieux quartiers mais aussi dans les grands immeubles où la majorité vit aujourd’hui. C’est tout ce qu’on peut se représenter de clichés sur l’Asie, dédales impénétrables de marchés populaires et de petits boui-bouis.

De l’autre il y a cet aspect absolument occidental du Singapour moderne, une cité-État d’envergure mondiale, à la pointe de la finance, de la mode et des dernières technologies, au niveau de vie supérieur au niveau de vie français. La population se rêve aussi occidentale, en partie sous l’impulsion du gouvernement qui y voit une façon comme une autre d’atténuer les différences ethniques.

wp-1465997440087.jpeg
Campagne de promotion des transports en commun – elle est bien blanche

C’est la skyline du CBD derrière le temple ou la mosquée, c’est des gosses qui crient en Singlish par dessus une voix annonçant la station de métro en anglais standard BBC, c’est la vendeuse du café, voilée qui te sert donut ou brownie pendant le ramadan. Quelque part entre Europe et Asie, une ville-monde en quelque sorte.

En me baladant autour de Chinatown, je tombe par hasard sur la City Gallery. Personne ne me l’avait conseillée et d’ailleurs le nom ne dit rien à ceux à qui j’en ai parlé après, et pourtant c’est extrêmement intéressant : y est expliqué l’aménagement de Singapour dans les 50 dernières années, de façon très complète. C’est d’autant plus instructif que les défis inhérents à la cité-État, les méthodes développées et leurs succès sont assez uniques.

Singapour est aussi une ville extrêmement stricte, et le gouvernement est un poil paranoïaque. Il y a les célèbres multiples interdictions : pas de chewing gums, pas de nourriture dans le métro, et plein d’autres à tel point que j’ai toujours un peu peur d’enfreindre une loi sans le savoir. Il y a aussi l’omniprésence des caméras de sécurité, mais aussi le service militaire de 2 ans obligatoire pour chaque jeune homme. La défense est un sujet pris très au sérieux ici. On compare vite le pays à Israël (Les similitudes sont là même si la comparaison à ses limites : des étrangers venus occuper une terre musulmane pendant l’occupation britannique, maintenant entourés par l’islam. Ça reste beaucoup plus détendu quand-même.) ou à un îlot assiégé.

(J’ai épuisé la capacité de stockage offerte par WordPress, j’insère des albums imgur maintenant)

La jungle n’est pas seulement urbaine : au centre de l’île, de grands espaces naturels sont préservés pour garantir la collecte d’eau potable au moyen de réservoirs. Ça serait idéal pour une rando s’il ne faisait pas aussi chaud !

Demain, je traverse la frontière et rejoins Malacca en Malaisie ! Ce sera un retour sur le continent après 9 mois dans les îles !

Publicités

4 réflexions sur “Chapitre 29 – Sous les sunlights des tropiques

  1. Cécile Jebeili

    Moi qui suis plus sensible aux paysages urbains qu’aux sites naturels, je trouve votre « reportage » sur cette ville absolument fascinant.
    Et ces fleurs …. Quelles merveilles !
    Des amis à moi vont aller s’y installer pour deux ans, je vais leur envoyer le lien vers votre post, ça les intéressera sûrement.
    Par contre, on est bien d’accord que Gilbert Montagné, c’est vraiment pas possible; sans même cliquer sur le lien (surtout pas oulalamondieu) j’ai la chanson dans la tête qui va bien me pourrir la journée ! Merci vraiment !

    J'aime

  2. Fatima

    Moi aussi je proteste! Je croyais que Radio Nostalgie, c’était pas ton trip! J’ai la chanson dans la tête aussi, c’est tenace. Sinon continue à nous parler de chaleur, ça fait du bien parce qu’en France le 21 juin approche mais toujours pas d’été. Et Notre Dame de Fatima c’est pas terrible ils auraient pu s’abstenir!

    J'aime

    1. Je suis heureux d’avoir pu amener le sunlight dans tous les esprits ! Allez elle finira par venir la chaleur ! Une eglise a ton effigie et tu fais ta difficile, je ne comprends pas vraiment.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s