Chapitre 33 – Omoide wa Okkusenman

(思い出はおっくせんまん, « 110 millions de souvenirs », une chanson et une vidéo très expressives sur le passage à l’âge adulte… Japon !)

Après avoir atterri à Tokyo à 22h30, je commence par rater mon premier bus faute de pouvoir trouver l’arrêt, et m’oriente donc vers le train où un monsieur m’explique gentiment en japonais qu’il y a 4 correspondances, ce qui fait 4 possibilités de me perdre et que les chances sont fortes que le réseau ferme avant que j’arrive à destination. Je me range à la sagesse de ses arguments et me résigne à attendre le bus de 00:50… J’arrive finalement extrêmement désolé chez Takumi vers 2h du matin.

C’est que Tokyo est la plus grande ville du monde (enfin de ce qui se dit, j’ai pas vu le bout), 30 millions d’habitants. Et pourtant c’est impressionnant de voir à quel point elle est réglée comme une horloge : les trains sont toujours à l’heure malgré l’incroyable complexité du réseau et le nombre impressionnant de travailleurs qui l’empruntent tous les jours.

Les interactions humaines sont très formelles et très réglées, les gens abusent de politesse, tout spécialement les vendeurs qui déballent leurs formules en japonais même quand il est évident que je ne comprends pas un mot. Ça a un côté très dépaysant comparé aux autres pays que j’ai visités où tout le monde ou presque parlait anglais. Ici c’est plutôt rare, du coup je me suis dit que c’était une bonne occasion d’apprendre un peu plus en profondeur le japonais.

Eh ben c’est pas facile. Déjà en japonais il y a 2 alphabets syllabaires, les hiraganas et katakanas, 46 signes chacun (ce qui reste possible et assez fun à apprendre puis à tenter de reconnaître dans le métro), plus les kanjis, qui sont des idéogrammes empruntés à la base au chinois. Autant dire que ça s’improvise pas. Ajoutez à ça une grammaire et une conjugaison complètement différentes et soyez heureux que la prononciation soit facile pour un Français.

Il y a quelque chose de fascinant à évoluer au sein de cette culture à la fois familière et hautement singulière. Par moments je la trouve plus familière que les cultures malaisiennes par exemple, que ce soit parce que j’en connais déjà certains codes à travers la pop culture japonaise ou tout simplement car la haute technologie, très présente, est très mondialisée, mais parfois aussi complètement étrangère et sans repères, les japonais ayant quand-même un mode de pensée vraiment unique.

Je passe donc la semaine à explorer les différents quartiers et à essayer les nombreux types de cuisines de la ville. Je suis le plus souvent guidé par Takumi que je ne remercierai jamais assez, parfois seul et même le temps d’une après-midi en compagnie de Ren et Tetsuya à Asakusa. Plutôt que de vous détailler mes pérégrinations jour par jour (ce qui serait fastidieux) je vous laisse suivre la galerie de photos ci-dessous.

Une légende raconte que du matériel vidéo ait été capturé dans le but de créer un petit montage, mais sa véracité est mise en doute par les spécialistes.
Takumi est très gentil mais je ne veux pas m’éterniser chez lui ; il est temps de partir en weekend à Fukushima ! Dans ma ligne de mire, évidemment il y a l’attrait pour la zone d’exclusion et les ravages du tsunami, mais pas seulement. La préfecture de Fukushima est en effet très grande en superficie et ma première destination, Aizu-Wakamatsu se trouve dans les montagnes.
Seulement voilà, le lundi 18 est férié au Japon, et beaucoup de citadins choisissent le coin pour un weekend. Tous les hôtels sont complets et je n’ai pas réservé. Sur les conseils de Takumi je dors donc au manga café, où il est possible de passer la nuit pour un prix très raisonnable. Très bon plan, qui n’existerait sûrement plus depuis de nombreuses années s’il y avait autant de backpackers qu’en Nouvelle-Zélande.

Je profite du Dimanche pour explorer le coin, à commencer par le château de Tsuruga au milieu de la ville. Je suis le seul Blanc au milieu des hordes de touristes Japonais. Globalement d’ailleurs pendant 3 jours je ne verrai presque pas d’autres étrangers.

Après le château, je prends le train en direction de Yunokami Onsen, d’où je marche jusqu’à Ouchijuku, un vieux village étape sur une ancienne route commerciale, où toutes les maisons ont été rénovées en gardant les matériaux traditionnels, ambiance très « 7 Samouraïs ». Au bout de l’unique rue, un escalier mène à un petit temple d’où on peut observer le village. Il n’y a que quelques kilomètres, une heure de marche entre Yunokami Onsen et Ouchijuku mais la route n’est absolument pas aménagée pour, je dois être le seul cinglé à l’avoir fait en marchant. Au retour un conducteur prend pitié de moi et m’offre de me conduire jusqu’à la gare, c’est quand-même plus agréable !

De retour à Aizu-Wakamatsu, je pars visiter le temple de Sazae-Do, temple bouddhiste fait en bois avec une architecture assez unique : en effet tout comme le château de Chambord il comporte 2 escaliers en spirale qui ne se croisent pas ! Une ambiance très spéciale au crépuscule, presque mystique.

J’ai tellement aimé ma nuit au manga café que je retourne dans un autre manga café de la ville pour la nuit suivante. Celui-ci est situé par chance à proximité de l’entrée de l’autoroute, je tente donc le stop pour Sendaï le lendemain (ça se sent que j’ai plus de sous ?).

Mon premier conducteur est un homme qui rentre de weekend en famille, avec ses 2 enfants. L’aîné pose plein de questions (en japonais, son père traduit) sur ce qu’on connait de One Piece et Pokémon en France, la cadette me dit juste  » Koni-tiwa  » avant de se mettre du chocolat plein les doigts puis de s’endormir. Ils me déposent sur une aire d’autoroute avant la jonction, ils vont vers le Sud, je vais vers le Nord.
De là, il semble que tout le monde va vers Tokyo, et donc personne vers Sendaï. Je finis par monter dans la voiture d’une étudiante qui va vers Iwaki et me propose de me déposer à Koriyama; ça m’avance pas vraiment mais bon j’allais pas rester sur cette aire d’autoroute jusqu’au soir, et bon voilà elle était mignonne.

Koriyama s’avère un cauchemar pour faire du stop. Impossible de trouver un bon spot sans marcher 2h le long de la route sous le soleil de Juillet. Ironie : une fois arrivé à ce spot j’attends moins de 10 minutes avant de trouver le meilleur lift que j’ai jamais eu : une mère et sa fille qui allaient au début à Nihonmatsu mais m’amènent finalement jusqu’à la ville de Fukushima où elles m’offrent la spécialité de la ville, les gyozas.

La mère est interprète anglais-japonais et a passé quelques années en Malaisie, on parle du tremblement de terre, du tsunami et de l’accident nucléaire, et du retour à la normale. D’après les autorités, le niveau de radiations est revenu à un niveau vivable, similaire à d’autres villes du monde. Mais beaucoup d’habitants ont fui la préfecture, environ 100 000 et je les comprends. De Fukushima je prends le bus jusqu’à Sendaï où j’ai réservé un « hôtel capsule ».

Après ma brève visite du château de Sendaï, je pars donc vers la zone d’exclusion de Fukushima. Le long de la route, les dégâts du tsunami sont presque réparés (il a frappé plus fort au nord de Sendaï). Arrivé à Minamisoma, à la frontière de la zone, un sentiment de malaise s’empare de moi. Je me balade dans la ville et dans le parc, très silencieux. De nombreux commerces sont fermés. Des maisons sont encore en cours de décontamination. Ici les habitants qui sont restés essayent manifestement de reprendre la vie qu’ils menaient avant l’accident, mais la menace, invisible, est tangible.

La zone elle-même est assez petite, 2o kilomètres de distance à la centrale peut-être. Là,  toute vie s’est arrêtée le 11 Mars 2011, il y a 5 ans. Les gens ont laissé leurs maisons et leurs voitures, leurs bureaux, et sont partis pour ne jamais revenir. L’accès est évidemment interdit et pourtant la nationale qui passe au coeur de la zone est encore ouverte (mais pas entretenue.

Le bus passe 2 fois par jour dans ce décor post-apocalyptique. Toutes les intersections sont bloquées, sauf une, celle qui mène à la centrale. Le nombre de lys sauvages comme celles vues à Sazae-Do est impressionnant, elles poussent sur les trottoirs et dans les parkings des fast foods.

À la sortie de la zone, à Tatsuta, il est surprenant de retrouver une gare, des maisons, et même des rizières cultivées. Comment ces gens peuvent-ils vivre ici… Je rentre à Tokyo par la Joban Line pour une dernière nuit chez Takumi.

Hier c’était mercredi et j’ai retrouvé la famille que je n’avais pas vu depuis plus de 10 mois. On a pas pu faire grand chose encore, ils sont un peu claqués avec le décalage horaire, mais le programme des 3 prochaines semaines s’annonce intense et haut en couleur… Ce sera dans un prochain chapitre !

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