Chapitre 35 – Follow the Map

(Un morceau issu d’un de mes albums préférés de tous les temps, Hymn to the Immortal Wind. Le groupe est japonais, j’ai acheté le CD (difficile à trouver en France) à Tokyo chez Tower Records (avec un petit Maximum the Hormone, on se refait pas). Du post-rock onirique et ghibliesque, mignon comme tout.)

Au Japon, le moindre mètre carré est utilisé. Le Japonais est nombreux et l’archipel est d’autant plus petit qu’il est très montagneux. Les rues des quartiers sont étroites et les immeubles nombreux aux abords des stations de train. Dans les campagnes et jusqu’au moindre fond de vallée, tout l’espace est occupé, entre les rizières, les habitations et les voies de communication. On comprend donc assez bien pourquoi les Japonais ont dû déployer des trésors d’ingéniosité pour utiliser au mieux l’espace disponible, mais les solutions sont étonnantes : garages de voitures superposés, supermarchés à étages, polders, viaducs sur viaducs sur viaducs, lavabos au dessus du réservoir des toilettes, voitures carrées…

Cette optimisation acharnée produit un système où tous les rouages sont bien huilés, ce qui rend la vie plus facile bien sûr mais va parfois un peu trop loin, en faisant reposer une pression énorme sur les individus ou en bétonnant de magnifiques rivières de montagne pour réduire le risque d’inondations.

Malgré tout ça les Japonais restent parmi les gens les plus accueillants et souriants que j’ai pu rencontrer. L’accueil d’un invité met en jeu l’honneur de l’hôte mais le plaisir d’accueillir est réel.

Kanazawa, où je vous avais laissé la dernière fois, marque une certaine élévation de la température ambiante après avoir quitté la fraîcheur des montagnes. Sur une échelle de 24 à 56 où 56 est la chaleur ressentie en Malaisie, on monte vite à 52,5 au Soleil.

Coïncidence, le 29 Juillet, lendemain de notre arrivée, sort le nouveau Godzilla, un Japonais cette fois pas un Américain. Nous cédons avec Elsa à l’appel des salles obscures (et climatisées). Vous pouvez en lire ma critique en cliquant ici si ça vous intéresse, c’est un film plus sérieux qu’on le penserait qui explore le traumatisme laissé par Fukushima.

Après avoir pris un mauvais bus, on retrouve les parents qui étaient allés visiter le musée Suzuki, pour explorer le très reposant jardin Kenroku-en. S’ensuivent une visite du quartier des Samouraïs et le lendemain du quartier des plaisirs (où tout le monde est en yukata (kimono d’été)). Les soirs à l’auberge, ce sont des parties de Catane endiablées avec un Hongkongais.

C’est aussi dans cette ville que nous avons vécu une expérience inoubliable même si elle n’a duré qu’une seconde : alors qu’on attend le bus, Mario passe en trombe devant l’arrêt dans son kart. On a bien cru halluciner mais on l’a tous vu. Japan. Superior.

Kanazawa marque donc le début d’une deuxième partie de notre périple, vers un Japon plus historique mais aussi plus chaud. Kyoto, étape suivante où nous passons 5 jours, se situe dans le cœur historique du pays, le Kansai. Ce fut pendant longtemps la capitale du pays avant qu’elle soit transférée à Kamakura puis à Tokyo. C’est aussi une ville d’un million et demi d’habitants située dans une cuvette où il fait chaud : 83 sur une échelle de 34 à 79.

À Kyoto on visite quelques uns des plus célèbres des 1600 temples de la ville. À force il y a bien sûr des similitudes mais chacun a un petit quelque chose qui le rend unique. C’est vraiment une ville au patrimoine très riche, où on peut tomber au hasard en rentrant à vélo sur un quartier entier de temples, comme ça.

Nous passons également une journée à Nara, première capitale du Japon à une heure de Kyoto, pour encore plus de temples et de jardins zen mais aussi des cerfs sacrés qui se baladent au calme dans la ville.

Sur le retour de Nara, nous nous séparons en 2 groupes : Elsa rentre à la maison pendant qu’on va à Inari-taicha, temple célèbre pour ses allées de toriis (portes de temples). À Inari-taicha, nous sommes surpris par un soudain orage et nous abritons sous l’avancée de toit d’un temple pendant une heure avant d’oser sortir voir les fameux toriis.

Mais ce qui arrive à Elsa est une toute autre aventure : ne trouvant pas la maison (pour son crédit celle-ci, louée via AirBnb est difficile à trouver dans un dédale de ruelles, et elle était arrivée à deux pas) elle demande à un habitant. C’est là que le sens de l’accueil/honneur Japonais intervient : contrairement au Français qui aurait répondu « Je sais pas » et passé son chemin, il ne veut pas la lâcher et l’accompagne d’abord à l’école puis au poste de police avant d’estimer avoir fait son possible en la laissant entre de bonnes mains. La police appelle le propriétaire et Elsa (qui voulait rentrer plus tôt) se fait finalement raccompagner en voiture par la manager quelques minutes avant que les parents ne reviennent.

Quant à moi (pas au courant de tout ça) je trouve un portefeuille par terre à quelques minutes de la gare et me sépare des parents pour l’amener au poste de police. Les policiers (qui s’ennuient quand-même pas mal au Japon, on aura fait leur journée) se rendent compte très vite que je suis le frère de ma sœur (moi aussi ça m’étonne tous les jours) et rappellent donc (sans que j’aie mon mot à dire bien sûr) la manager qui refait donc un petit tour en voiture pour me ramener (c’était pas nécessaire). On se souviendra de nous à Nijo!

Sur le trajet Shinkansen entre Kyoto et Kurashiki, le 5 Août, on fait une escale à Himeji pour aller visiter le château, le plus impressionnant qu’on a pu voir sur ce voyage. Situé sur une colline, ses murs blancs sont visibles de loin depuis la gare.

Kurashiki donc, notre dernière ville étape un peu plus a l’Ouest, est une ancienne ville portuaire, ses canaux et entrepôts ont été reconvertis pour le tourisme pour le plus bel effet. On y trouve beaucoup de familles japonaises qui profitent des vacances d’été. Cette ville sera notre base pour 2 dernières excursions.

Pour la première, nous nous levons aux aurores pour arriver à Miyajima avant les foules. Cette île dans la mer intérieure de Seto (dont le nom fournira matière à moultes blagues dans la journée) a pendant longtemps été un sanctuaire auquel on accédait en passant en bateau sous le célèbre torii (Il y a toujours un torii à l’entrée d’un temple. C’est la porte qui permet de se détacher du monde matériel pour rentrer en communication avec les dieux.).

On y retrouve nos amis les cerfs qui trouvent bonne pitance aux abords du temple sur pilotis. Vers midi, nous prenons un téléphérique vers les hauteurs pour ensuite marcher jusqu’au sommet de l’île, le Mont Misen. Sur une échelle de 158 à 190, de 158 à 187 il fait très chaud et de 187 à 190 c’est la canicule.

Après avoir repris le ferry pour Hiroshima nous nous séparons en 2 groupes : Elsa et Fatima rentrent à Kurashiki tandis que Frédéric et moi nous rendons dans le centre de la ville. Nous sommes le 6 Août, 71 ans après la catastrophe que tout le monde connait.

Comme je vous le disais en début d’article et comme ça se voyait autour de Fukushima, les Japonais sont un peuple déterminé qui ne perd pas un mètre carré de surface utile. 2 ans après le bombardement, les travaux de reconstruction avaient commencé et la ville a dépassé sa population d’avant guerre dès 1958 pour aujourd’hui accueillir plus d’un million d’habitants. De fait c’est aujourd’hui une ville comme tant d’autres au Japon, avec ses grands immeubles, son château reconstruit, ses célèbres okonomiyaki, ses arcades grouillantes de monde où les vendeurs s’égosillent pour attirer le chaland. Ça me met même un peu mal à l’aise de voir une ville aussi normale. Mais on ne peut pas leur en vouloir ; même quand le vent se lève, il faut tenter de vivre.

Le malaise n’est rien cependant face à celui qui m’emplit dans le musée du mémorial pour la paix. Encore aujourd’hui en y repensant, la gorge se noue et les yeux s’engorgent. Les faits sont là, simples, terribles. Un peu avant la sortie, un panneau rappelle que la France détient une triste médaille de bronze : 320 bombes, 320 villes à réduire en cendres en l’espace d’une seconde, combien de vies. Un joyeux feu d’artifice en perspective.

La suite est tout aussi émouvante mais plus apaisante, nous participons au lâcher de lampions sur la rivière, en face du célèbre dôme. Des milliers de lumières portant chacune un message aux victimes, un vœu, une déclaration de paix, remontent la rivière, portés par la marée montante.

Le lendemain est une toute autre aventure puisque nous faisons voile pour Naoshima, une île de pêcheurs qui s’est retrouvée récemment une vocation de centre d’art contemporain. Le cadre est magnifique, les œuvres souvent déconcertantes mais intéressantes. On visite d’abord le village de Honmaru où le Art House Project transforme des maisons traditionnelles en œuvres d’art avant de nous rendre à la Benesse House, musée et hôtel avec vue sur la mer de Seto.

Toutes les bonnes choses ont une fin et je finis d’écrire cet article à l’aéroport de Tokyo Haneda, après une dernière nuit près de Shinjuku à Okubo – quartier assez cosmopolite puisqu’on y trouve pas mal de minorités asiatiques (Népalais, Turcs, Philippins, Thaïs) – et un passage au centre Pokémon d’Ikebukuro. Les parents sont déjà repartis pour Toulouse avec leur vol retour via Munich, je les suis bientôt en passant par Shanghai et Charles de Gaulle.

J’aurais encore beaucoup à dire sur les multiples facettes de la culture japonaise, si fascinante qui je crois que je vais prendre des cours de langue à la rentrée, ou sur les sentiments complexes qui m’étreignent à la pensée du retour. Mais je ne saurais pas par où commencer et surtout, je pourrai bientôt vous en parler de vive voix. Alors il est temps de boucler cette aventure, en attendant les suivantes.

Merci. 🙂

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2 réflexions sur “Chapitre 35 – Follow the Map

    1. Merci à vous pour votre fidélité, c’est important d’avoir des lecteurs quand on écrit un blog ! Pour la culture musicale il y a encore du chemin, mais je suis heureux d’avoir rendu service.
      Merci !

      J'aime

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