Chapitre 32 – Satu Hari di Hari Raya

(« Le jour de l’Aïd ». On a nos chants de Noël, la Malaisie a ses chansons de Raya, la fête de l’Aïd. Ça passe sur toutes les radios vers la fin du Ramadan, entre 2 hits, un peu comme si NRJ et France Culture diffusaient Mon Beau Sapin et Vive le Vent)

Fallait-il y voir un présage ? Lors de mon vol aller de Toulouse à Auckland en Septembre dernier, j’avais déjà fait escale à Kuala Lumpur. Je n’avais alors qu’une vague idée de ce qu’était ce pays ; c’était d’ailleurs la première fois que je mettais les pieds en Asie ! De rencontres en rencontres (dans lesquelles le hasard – ou le destin – ont joué un grand rôle), j’ai découvert une culture unique et appris à l’apprécier. 10 mois plus tard, je m’envole à nouveau depuis KL, et pourtant il faudra sûrement que j’y retourne.

Les Malaisiens eux-mêmes ne se doutent pas de la richesse de leur pays. Ce n’est bien sûr pas l’endroit idéal pour des vacances « consuméristes » comme peuvent l’être d’autres pays de la région. Assez peu de paysages comme la Nouvelle-Zélande, ou de vieilles pierres comme en Europe, pas de pyramides de Gizeh.

Non, cette richesse est beaucoup plus difficile à appréhender, si bien qu’il doit être facile de passer à côté. Elle tient à une culture multiethnique, Indiens, Chinois et Malais ayant tous modifié, adapté leurs traditions sur cette péninsule à la croisée des routes maritimes. Le bazar permanent dans les rues sales cache une douceur de vivre et une certaine philosophie de vie. La cuisine, bien sûr, est à des années-lumières de ce qu’on connaît en Europe,  toujours différente mais à chaque fois délicieuse.

Tout n’est pas rose en Malaisie, loin de là. Il y a la pollution, les déchets et la monoculture de palme, la discrimination raciale d’État et la corruption ambiante. Il fait chaud, moite et les embouteillages sont monnaie courante. Mais les Malaisiens prennent ça avec une désinvolture désarmante, vivent avec et gardent sourire et appétit. À nous d’en prendre de la graine !

J’en étais donc resté au 2 Juillet, jour où je dis au revoir à Mus et pars pour les Cameron Highlands. Le bus prend d’abord l’autoroute vers le Nord avant de bifurquer sur une petite route qui monte en lacets dans les montagnes. On arrive enfin à Tanah Rata, à 1500 mètres d’altitude, et là, grand bonheur : il fait frais ! Enfin, pas de quoi mettre un pull non plus, mais la chaleur pesante omniprésente depuis Singapour est partie, remplacée par une petite brise.

Dans ces conditions la marche du lendemain vers Gunung Brinchang, le sommet des environs, s’avère très agréable. Le sommet lui-même par contre est assez décevant, squatté par une dizaine d’antennes relais qui gâchent pas mal la vue. Sur le retour, deux Américains en vacances me conduisent en bas de la colline.

Les Cameron Highlands sont une région maraîchère fondée à la base par les anglais comme son nom le laissent supposer. Elle est notamment célèbre pour ses plantations de thé et ses fraises, et c’est ma fois très joli !

2 jours plus tard me voici reparti pour Penang, ma dernière escale. Penang est une île sur la côte Ouest qui s’est énormément développée après que les Anglais y ont fondé le port de Georgetown pour concurrencer Malacca. C’est aujourd’hui la deuxième ville du pays mais on y trouve une douceur de vivre qui la rend très agréable. La ville est tenue par les chinois qui y sont la première minorité devant les Malais, on y parle plus hokkien et manglish qu’ailleurs. Tous mes amis Malaisiens sont unanimes pour dire qu’on y trouve la meilleure nourriture du pays.

À Penang je rencontre à nouveau Grace (qui travaille à KL mais est rentrée pour Hari Raya) et SzeTeng. Par leur intermède je rencontre également Jasmine et Elaine qui se révéleront être mes guides pour les prochains jours. Jasmine est également une amie de Jinnie et Hoi Hoon mes collègues de Roxburgh (de Penang mais pas encore rentrées, mais ce n’est pas une coïncidence. En effet pour la saison des pommes 2015 Jasmine, SzeTeng et Grace étaient déjà collègues. Plus tard, SzeTeng m’a donné l’adresse de la packhouse et Jasmine l’a donnée à ses amies, nous sommes donc devenues collègues à notre tour pour la saison 2016. Vous suivez ?

Le 5 Juillet, c’est Hari Raya, Aid il Fitri , la fin du Ramadan. La tradition Malaise est de tenir « portes ouvertes » : dans chaque maison de la nourriture est préparée, et chaque famille va de maison en maison pour fêter la fin du jeûne. Jasmine (qui est Chinoise) nous emmène dans l’État du Perlis à la frontière avec la Thaïlande, dans la campagne au milieu des rizières où elle a 2 amies Malaises, et nous nous invitons ainsi à 2 open houses. C’est très bon, ça doit être une bonne journée pour les Musulmans qui visitent une quinzaine de maisons dans la journée !

Les jours suivants Jasmine et Elaine m’ont préparé un programme sportif (pas sûr que le regime nutritif soit adapté cependant, on fait que manger) : Jeudi, marche jusqu’au sommet de Penang Hill, colline surplombant l’île de 800m quand-même, Vendredi, marche dans le Parc National à l’Ouest de l’île puis kayak !

Enfin, Samedi, je vais visiter le temple de Kek Lok Si puis après un dernier dîner prends l’avion pour Kuala Lumpur. La nuit sera étonnament agréable sur un coin de moquette de l’aéroport. Je viens d’arriver à Tokyo où Takumi m’accueille chez lui. Sayonara !

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Chapitre 31 – La Chaleur

Le vendredi 23 Juin, après le bus de nuit de Kuala Lumpur à Kuala Besut, je prends le ferry à l’aube pour Pulau Perhentian Kecil (« île Perhentian petite »). On est sur la côte Est du pays, près de la frontière avec la Thaïlande. Dans le ferry, environ 95 % de Français, et sur l’île, une grande majorité de touristes occidentaux venus pour plonger et voir les poissons. Je suis ici sur les conseils de plusieurs amis Malaisiens, qui m’ont logiquement aiguillé vers les destinations touristiques. Bon, y a pas à dire, c’est magnifique, un petit archipel paradisiaque aux eaux transparentes et à la jungle touffue.

Après 2 jours de marche dans la jungle et de baignade avec les poissons, je repars pour ma prochaine destination, Taman Negara, parc national (littéralement, Taman Negara se traduit par Parc National) situé au centre du pays. Des mini-bus conduisent les touristes directement de la jetée de Kuala Besut à Kuala Tahan, camp de base du parc. Mais ça serait trop facile ; je préfère prendre les bus locaux qui sont moins chers et me donnent moins l’impression d’être au zoo.

De Kuala Besut je partage donc un taxi jusqu’à Kota Bahru, ville principale de la région. C’est la capitale de l’État du Kelantan à très forte majorité musulmane, dont le gouvernement tente d’appliquer la charia. À des lieues des quartiers chinois de KL ou des moeurs libéraux des habitants des Perhentians, ici tous les noms de boutiques sont traduits en arabe.

Après une nuit à Kota Bahru, je prend un bus jusqu’à Temerloh (ce qui prend la journée), puis un bus local pour Jerantut. La route à travers le Kelantan et le Terengganu est très belle, passant à travers des rizières et longeant de belles maisons, dont le réservoir d’eau perché en hauteur rappelle un minaret. Mais au fur et à mesure qu’on s’approche de KL, les cultures et la jungle laissent place aux monocultures de palmiers à huile.

Je passe une autre nuit à Jerantut avant de partir pour Kuala Tahan, camp de base du parc national. Là encore sur la route, des champs d’huile à perte de vue… C’est seulement en arrivant à la lisière du parc qu’on voit enfin de la jungle… Heureusement qu’il est là.

La randonnée dans la jungle, c’est différent de la France ou de la Nouvelle-Zélande. La chaleur est si intense qu’on transpire à pouvoir en essorer le tshirt. La baignade dans la rivière à Lata Berkoh est une libération, et puis j’en ressors pas beaucoup plus trempé.

Le soir de mon arrivée, parti en quête d’eau potable dans les rues du village avec un californien, on se fait accoster par une équipe de film en quête de figurants. C’est ainsi qu’on se trouve le lendemain matin à jouer les touristes pour Foreign Bodies, une série anglaise encore en cours de production. Bon, la scène dure 5 secondes, mais il faut bien commencer sa carrière quelque part ! Et puis on y gagne le petit dejeuner, les boissons et le déjeuner, et 150 ringgits.

Le vendredi, je retourne à Kuala Lumpur et je vais passer une nuit chez Mus (qui est mon seul ami Malais rencontré en Nouvelle-Zélande, tous les autres sont Chinois). Il habite une heure au Sud de Kuala Lumpur dans un nouveau quartier. Nous brisons le jeûne du Ramadan ensemble (j’ai adapté mes habitudes alimentaires au Ramadan en grignotant discrètement pendant la journée et en prenant un gros repas le soir, c’est plus respectueux) mais je me lève trop tard pour le petit déjeuner (avant l’aube). Il ne peut m’héberger qu’une seule nuit car il vient de trouver un boulot et a pas mal à faire, mais prend quand-même le temps de me faire visiter Putrajaya, la ville nouvelle où le gouvernement a transféré ses bureaux.

Depuis KL je reprends un bus (je les aurai tous essayés) pour les Cameron Highlands où il fera plus frais !

Chapitre 30 – Stranger in a strange land

Iron Maiden – Stranger in a Strange Land

« One Malaysia », clament partout les affiches du Barisan National, le parti au pouvoir depuis 1957, et pourtant l’unité du pays pose question.

Physiquement, déjà, la Malaisie est séparée en deux parties : la Malaisie péninsulaire à l’Ouest où se concentrent la plupart des populations et activités,  et Sabah et Sarawak sur l’île de Borneo, beaucoup plus sauvages (et où je n’irai pas car les rares personnes que j’y connais sont encore en Nouvelle-Zélande).

Mais c’est aussi un pays un peu artificiel. Avant la colonisation, il y avait un grand nombre de royaumes Malais qu’on retrouve aujourd’hui sous la forme d’États qui composent la Fédération de Malaisie. La principale différence culturelle avec l’Indonésie est que la première était une colonie britannique,  la seconde une colonie hollandaise.

On trouve trois grands groupes ethniques en Malaisie : les Malais  (implantés depuis longtemps et convertis à l’Islam) forment 65% de la population, les Chinois et les Indiens (arrivés pendant la colonisation britannique) respectivement 25 et 10%. Là ou le slogan « One Malaysia » devient ironique c’est que les Musulmans (les Malais n’ont pas le choix, ils sont musulmans à la naissance) ont un certains nombres de privilèges garantis pour certains dans la Constitution. Ils ont par exemple accès plus facilement au logement ou aux universités. Un Chinois ne peut pas être élu Premier Ministre, ou doit se convertir à l’Islam pour épouser une malaise. La justification est que les Chinois sont globalement plus riches que les Malais, mais il y a aussi des Chinois et Indiens pauvres…

Pour autant la Malaisie n’est pas le pays du malaise (notez la subtilité de cet ingénieux jeu de mot), ses habitants cohabitant globalement sans problème. Le ressentiment est plus tourné vers le gouvernement qui a tous les défauts (notamment la corruption) que vers les Malais.

Mon voyage commence donc à Malacca le Vendredi 17 Juin après 4h de bus depuis Singapour. Et le Vendredi, c’est marché de nuit ! Je m’y rends sur les conseils de CJ (qui lui est encore en Nouvelle-Zélande). C’est un marché tenu par la communauté chinoise dans les rues du vieux centre-ville. On y trouve moults mets délicieux comme par exemple mon premier magret de canard en 9 mois, mais également toutes sortes de contrefaçons chinoises.

Ici difficile de passer inaperçu, blanc en territoire jaune (difficile de me monter en neige) je suis plusieurs fois abordé par des jeunes qui veulent une photo avec moi.

Le lendemain, je me ballade dans la partie européenne de la ville. Malacca a été capitale d’un puissant sultanat avant d’être capturée par les Portugais, puis les Hollandais et les Anglais de part sa position stratégique verrouillant le détroit du même nom. Chacun y a apporté sa touche d’originalité architecturale même si les Anglais ont détruit une grande partie de la ville. La ville a ensuite déclinée,  remplacée dans ses fonctions commerciales par Singapour et Georgetown (Penang) et dans ses fonctions politiques par Kuala Lumpur.

J’aurais bien ajouté des photos mais il se trouve que la nuit suivante je me suis fait voler appareil photo, portable et tablette pendant mon sommeil (la rédaction vous présente ses excuses pour cet imprévu et vous propose une recherche Google Images pour vous faire une idée. Un dédommagement du prix de l’article (0,00€) peut être obtenu en envoyant REFUND au 8200200). Au réveil c’est pas la joie, je pars visiter le commissariat. Heureusement j’ai toujours mon passeport et de quoi voyager, et j’étais déjà censé repartir l’après-midi pour Kuala Lumpur rejoindre Simon.

Kuala Lumpur. KL. Une mégapole immense, peut-être aussi peuplée que Singapour mais beaucoup plus étalée. Un réseau tentaculaire de voies rapides et de trains de banlieue découpe la ville en quartiers fermés et immenses centres commerciaux. En Malaisie, le litre de pétrole coûte 1,7 ringgits soit 40 centimes d’euro. Les voitures et motos, de toutes sortes et de tous âges sont partout.  Chaque immeuble de 20 étages comporte 5 étages de parking

De ce que je comprends c’est dans la culture asiatique de traiter celui qu’on héberge comme un roi. Simon possède un cyber-café qui lui laisse beaucoup de temps libre ; il passe donc ses journées avec moi pour me faire découvrir la ville et ses alentours, en compagnie le plus souvent de Casey (une autre collègue de Roxburgh) et parfois d’autres amis à lui. Et insiste pour tout payer ce qui est très gênant pour moi Européen.

Le premier endroit que nous visitons est une boutique de téléphones. J’ai dû passer trop de temps avec des asiatiques ; je m’achète un smartphone (mais un vieux quand-même faut pas déconner). Il faut dire que c’est très pratique, avec un objet je remplace les trois que j’ai perdus…

Puis ce sont les Batu Caves, passage obligé pour le touriste. De très belles grottes ont été aménagées en temple hindou. C’est impressionnant mais l’aménagement intérieur des grottes, très fonctionnel n’est pas super beau. Les singes sont partout et sont très agressifs, attrapant tous les sacs plastiques, bouteilles, et même offrandes de fleurs.

Nous sortons ensuite de la ville pour nous rendre à Kuala Selangor, ancien fort Malais surveillant le détroit, puis à Sekinchan, village de pêcheurs chinois. Les gens y vivent encore sur des maisons en bois sur pilotis. Le soir on y mange au restaurant des spécialités à base de fruits de mer, c’est délicieux !

Le lendemain, Frederick et Laissa, 2 collègues Allemands, ont une escale de quelques heures à Kuala Lumpur. 3 petites heures qui sont bien employées à visiter le centre-ville et leur faire goûter un maximum de spécialités ! On va notamment au pied des tours Petronas, qui selon le musée de l’architecture de Malacca rappellent par leur forme l’étoile à 8 branches (symbole de l’Islam) et selon Simon un épi de maïs.

Le mercredi, réveil tôt le matin pour aller escalader avec la copine de Simon et sa sœur Bukit Tabur dans l’Est de la ville, puis Independance Day au cinéma (l’affiche montrait les tours Petronas détruites mais il n’en est rien, déception) et rencontre avec les amis du 85 : Grace, Mus et Jason.

Enfin, pour le dernier jour avant de quitter KL, nous nous rendons au Bird Park pour voir les oiseaux, puis au musée national qui raconte l’histoire du pays de manière (presque) impartiale (on sent qu’ils ont une cohésion nationale à maintenir).

Le vendredi 24 je prends le bus de nuit jusqu’à Kuala Besut sur la côte Est pour me rendre aux îles Perhentian, je vous raconte bientôt !

Chapitre 29 – Sous les sunlights des tropiques

Gilbert Montagné – Sous les sunlights des tropiques

(Je pose ça là)

Dès l’arrivée à Singapour le 11 Juin au soir, le dépaysement est total. Pour la première fois de ma vie, je suis le seul blanc dans le métro. Une fois arrivé en centre-ville, je remonte à la surface, et là, deuxième choc : la chaleur est intense même au crépuscule. On est juste au dessus de l’équateur. Loin, bien loin de l’hiver néo-zélandais et de l’automne australien.

Il faut resituer un peu le contexte, on parle là d’une ville au nom Indien qui a longtemps été capitale des Malais avant d’être détruite par les Portugais, refondée par les Anglais et est aujourd’hui majoritairement peuplée par les Chinois. À l’heure actuelle on est sur 75% de Chinois, 20% de Malais et 5% d’Indiens et Européens (selon mes sources locales). Niveau religion, dans les 40% de Bouddhistes (différents courants), 25% de Chrétiens (différentes églises), 20% de Musulmans à la louche. C’est un joyeux bazar.

Mon auberge se situe près de Bugis, dans le quartier Musulman, originellement Malais mais dans ma rue c’est beaucoup d’Arabes, de Turcs, de Persans qui vendent des tapis et des kébabs. Le soir, le muezzin chante pour annoncer la fin du jeûne quotidien (j’avais pas calculé avant ça que j’allais passer le mois du ramadan dans le pays à majorité musulmane qu’est la Malaisie). C’est une des rares zones conservées de la ville du XIXe siècle et c’est plutôt mignon.

Au début en marchant dans le centre-ville, je croise que des touristes qui suffoquent comme moi sous le soleil écrasant. À la recherche d’un adaptateur de courant, je rentre dans un centre commercial et là, je comprends : tous les locaux sont là à profiter de la climatisation ! Des centres commerciaux, il y en a plein, et partout, à tel point qu’il est possible de remonter certaines rues sans passer à l’extérieur, rien qu’en passant de mall en mall.

Au cours de mon séjour je rencontre Jeanette, Faith, Dominic, Eugene, Yan Jun qui se font un devoir de parfaire mon éducation culinaire. Murtabak, roti john, nasi goreng pattaya, chilli stingray, satay chicken, laksa, et plein de trucs dont j’ai oublié le nom (vous m’excuserez), c’est l’attraction principale ici comme ça le sera en Malaisie sans doute, c’est pas cher et très bon.

Tout le monde s’étonne que je reste 6 jours dans la ville, arguant qu’il n’y a pas grand chose à y voir et que la plupart des touristes restent 3 jours, mais c’est une culture qui devient fascinante quand on s’aventure au-delà des vitrines que sont la Marina ou Chinatown pour voir l’arrière-boutique, les quartiers où vivent vraiment les Singapouriens.

La langue, ici, c’est l’anglais, ou plutôt le Singlish (pour Singaporean English). Au départ pidgin servant à la communication entre les communautés, c’est aujourd’hui la langue maternelle d’une majorité de la population. On est proche du Manglish malaisien puisque les bases sont les mêmes, avec quelques subtilités. La grammaire est un peu plus construite mais toujours avec des « la »,  » meh », « wo » qui ponctuent les phrases, c’est délicieux ! À attraper à la volée car ils utilisent un anglais beaucoup plus standard quand ils parlent à un « ang moh » (blanc).

Singapour a 2 visages qui paraissent difficilement conciliables. D’un côté il y a les habitants qui perpétuent leurs différentes traditions, langues, religions, dans les vieux quartiers mais aussi dans les grands immeubles où la majorité vit aujourd’hui. C’est tout ce qu’on peut se représenter de clichés sur l’Asie, dédales impénétrables de marchés populaires et de petits boui-bouis.

De l’autre il y a cet aspect absolument occidental du Singapour moderne, une cité-État d’envergure mondiale, à la pointe de la finance, de la mode et des dernières technologies, au niveau de vie supérieur au niveau de vie français. La population se rêve aussi occidentale, en partie sous l’impulsion du gouvernement qui y voit une façon comme une autre d’atténuer les différences ethniques.

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Campagne de promotion des transports en commun – elle est bien blanche

C’est la skyline du CBD derrière le temple ou la mosquée, c’est des gosses qui crient en Singlish par dessus une voix annonçant la station de métro en anglais standard BBC, c’est la vendeuse du café, voilée qui te sert donut ou brownie pendant le ramadan. Quelque part entre Europe et Asie, une ville-monde en quelque sorte.

En me baladant autour de Chinatown, je tombe par hasard sur la City Gallery. Personne ne me l’avait conseillée et d’ailleurs le nom ne dit rien à ceux à qui j’en ai parlé après, et pourtant c’est extrêmement intéressant : y est expliqué l’aménagement de Singapour dans les 50 dernières années, de façon très complète. C’est d’autant plus instructif que les défis inhérents à la cité-État, les méthodes développées et leurs succès sont assez uniques.

Singapour est aussi une ville extrêmement stricte, et le gouvernement est un poil paranoïaque. Il y a les célèbres multiples interdictions : pas de chewing gums, pas de nourriture dans le métro, et plein d’autres à tel point que j’ai toujours un peu peur d’enfreindre une loi sans le savoir. Il y a aussi l’omniprésence des caméras de sécurité, mais aussi le service militaire de 2 ans obligatoire pour chaque jeune homme. La défense est un sujet pris très au sérieux ici. On compare vite le pays à Israël (Les similitudes sont là même si la comparaison à ses limites : des étrangers venus occuper une terre musulmane pendant l’occupation britannique, maintenant entourés par l’islam. Ça reste beaucoup plus détendu quand-même.) ou à un îlot assiégé.

(J’ai épuisé la capacité de stockage offerte par WordPress, j’insère des albums imgur maintenant)

La jungle n’est pas seulement urbaine : au centre de l’île, de grands espaces naturels sont préservés pour garantir la collecte d’eau potable au moyen de réservoirs. Ça serait idéal pour une rando s’il ne faisait pas aussi chaud !

Demain, je traverse la frontière et rejoins Malacca en Malaisie ! Ce sera un retour sur le continent après 9 mois dans les îles !