Chapitre 13 : Holiday

Scorpions – Holiday

Alors que l’hiver s’installe avec peine sur le vieux continent, en Nouvelle-Zélande c’est l’été qui pointe le bout de son nez. Voilà bien un signe (s’il en fallait un) que, maintenant que mes réserves sont reconstituées, il est temps de me réveiller de mon hibernation !

Après un dernier jour de travail le vendredi 18, me voici parti dès le 20 Décembre pour 4 jours de voyage dans le Northland (région située comme son nom l’indique au Nord de l’île du Nord). Je fais ce voyage en compagnie de Sze Teng, malaisienne, coloc et collègue de la packhouse, on empruntera sa voiture et on dormira dedans.

Nom de l’objectif officiel : le Cap Reinga, qui forme la pointe de l’île à 34°4 Sud (équivalent de Rabat au Maroc dans l’hémisphère Nord). Réel objectif : en prendre plein la vue tout au long du voyage.

Avouez que ça vous avait manqué !
Avouez que ça vous avait manqué !

La première partie du voyage ne comporte guère de surprises pour moi puisque j’avais déjà poussé une première exploration jusqu’à Whangarei et la Tutukaka Coast fin Septembre. Ça reste magnifique. On retourne même aux Waipu Caves, cette fois-ci armés de bottes et d’une lampe torche, grâce auxquels on peut avancer plus loin et profiter pleinement des vers luisants. C’est superbe !

Nous nous arrêtons assez peu en chemin et arrivons dans l’après-midi à Kawakawa, ville réputée non pas pour son café Maori mais pour ses toilettes, conçues par l’architecte autrichien Hundertwasser. Malheureusement nous ne les trouvons pas et poursuivons la route jusqu’à Paihia, fameuse station balnéaire de la Bay of Islands.

La nuit approchant, il s’agit de trouver un endroit où dormir : le camping sauvage est très réglementé en Nouvelle-Zélande, il est interdit de dormir à peu près partout, les contrôles sont fréquents et l’amende s’élève à 300$. Nous nous dirigeons donc vers un coin repéré comme autorisé pour garer la voiture pour la nuit. À peine arrivés, une Maorie sort du campement voisin pour nous expliquer que nous sommes sur un terrain collectif Maori, que ça ne lui pose pas de problème personnellement mais qu’il ne faudrait pas que les « locaux » nous voient le lendemain en allant travailler. Nous rapprochons donc la voiture le plus possible des autres pour plus de discrétion. La nuit se passe ensuite sans encombre, si ce n’est que dormir dans une voiture se révèle bien peu confortable, très peu de sommeil pour moi, un peu plus pour Sze Teng.

Le matin, après un petit déjeuner face au lever du soleil sur la plage, nous prenons le ferry pour Russell. La ville n’est pas sur une île mais la côte est tellement découpée que le ferry est plus rapide et moins cher. C’était avant 1840 la ville la plus peuplée de Nouvelle-Zélande mais elle n’a guère changé depuis. Elle a le charme tranquille d’une bourgade coloniale endormie, grâce notamment aux Pohutukawas (ou arbres de Noël néo-zélandais) en fleurs et à ses vieux bâtiments en bois.

En fin de matinée, on reprend le ferry puis la route en direction du Cap Reinga. Je tiens quand-même à faire un crochet par Matauri Bay, réputée très belle. C’est dans cette baie que repose à présent l’épave du Rainbow Warrior, ce navire appartenant à Greenpeace que la DGSE française avait coulé en 1985 dans la rade d’Auckland alors qu’il s’apprêtait à partir pour Muroroa pour protester contre les essais nucléaires ordonnés par Mitterrand. L’attentat avait causé un mort et un incident diplomatique majeur entre la France et la Nouvelle-Zélande, qui rompront toute relation diplomatique jusqu’à la coupe du monde de rugby de 1987. Au final, on ne peut pas voir l’épave sans plonger, mais ça valait quand-même le coup, jugez plutôt :

La route continue ensuite sans arrêt jusqu’au Cap Reinga, un soleil de plomb éclaire des paysages toujours différents et de plus en plus désolés à chaque virage. On passe progressivement, la boucherie la plus au nord du pays, le terrain de golf le plus au nord du pays, puis une station-service-restaurant-bungalows-épicerie-location de luges qui se révèlera être le dernier bâtiment. Il reste une trentaine de kilomètres mais nous nous rendons d’abord à Tapotupotu, camping le plus au Nord de Nouvelle-Zélande (forcément), niché au fond d’une baie, pour monter ma tente (histoire de mieux dormir que la nuit précédente).

Nous repartons ensuite pour aller voir le soleil se coucher depuis le Cap Reinga en cette veille de solstice d’été. Ce cap, c’est bien peu de choses : la mer de Tasman qui rencontre l’océan Pacifique, un petit phare peint de blanc, un pohutukawa en contrebas qui s’accroche à son rocher battu par les vents. Les images vous décevront peut-être. Et pourtant un sentiment quasi-mystique se dégage de l’endroit, comme une impression que l’endroit fait sens, qu’on a trouvé quelque part un bout du monde. Ce n’est pas tant le phare qui importe que le chemin parcouru et l’atmosphère qui le baigne. Quand le soleil se couche enfin, il reste peu de monde, de l’ordre de la dizaine : les hébergements et la civilisation sont bien loins.

La nuit s’avèrera meilleure que la précédente pour moi, bercé par le bruit des vagues dans ma tente, pas tellement pour Sze Teng qui a du repousser une invasion nocturne de moustiques dans sa Nissan. Au matin, je pars marcher un peu le long du sentier côtier pour prendre une photo (à contre-jour) du camping, qui est lui aussi assez unique. Puis on repart voir le cap sous une autre lumière (même si c’est plus tout à fait l’aube).

Commence alors le voyage du retour (toujours sous une chaleur écrasante). À quelques kilomètres seulement du Cap se trouvent les dunes géantes de Te Paki. C’est sûrement l’endroit le plus dépaysant du voyage : on se retrouve tout à coup dans une oasis au beau milieu du Sahara. À voir la carte, j’imaginais ces 100 derniers kilomètres avant le cap comme une route droite sur une langue de sable, comme une lagune. La réalité est beaucoup plus contrastée, il y a bien sûr du sable mais aussi des terrains très rocheux et beaucoup de relief, ce qui me laisse penser qu’il y avait déjà des îles mais qu’elles ont ensuite été reliées par le sable rejeté par les 2 océans.

Prochaine etape, une cinquantaine de kilomètres plus loin, l’accès à 90 Miles Beach par une route en graviers (on s’est dit ensuite qu’on aurait pu choisir un meilleur accès). La plage s’étend tout le long de la péninsule mais ne fait en vérité que 88 kilomètres (55 miles). En plus, les néo-zélandais ont adopté le système métrique, enfin bref malgré son nom stupide la plage reste impressionnante.

Après un fish & chips sur la route de Kaitaia, nous nous aventurons dans une partie beaucoup moins touristique du Northland, la côte Ouest ; mais après tout, ça serait bête de rentrer par la même route, alors on suit l’itinéraire « Twin Coasts Discovery ». Le climat est plus humide, certains paysages rappelant étonnamment le Massif Central.

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Cette après-midi m’a donné l’impression d’un voyage dans le temps. On arrive après la traversée du « Massif Central » aux abords du Hokianga Harbour, long bras de mer par lequel les Maoris sont arrivés pour la première fois il y a plus de 1000 ans. Pas de pont ; nous attendons qu’un ferry nous amène à Rawene, du côté Sud de l’estuaire ; une ville qui a été un jour là troisième du pays mais qui semble aujourd’hui bien morte.

En attendant le ferry
En attendant le ferry

Sur la route, une antique chapelle tombe en ruines. À Omapere, à l’embouchure de l’estuaire, les pompes à essence datent sûrement des années 50. On s’approche du bord de l’eau pour aller admirer les dunes de sable qui sont de l’autre côté de l’estuaire ; des maoris et leurs enfants sont en train de pique-niquer sur la plage.

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De manière générale, le Northland semble être relativement chargé d’histoire (enfin relativement à un pays qui en manque cruellement), tant Maorie, européenne que mixte (c’est ici qu’ont été signés les traités de Waitangi dont je n’ai pas encore bien saisi la signification). Pour autant, alors que la côte Est est assez dynamique grâce au tourisme ou à l’industrie pétrolière, certains coins de la côte Ouest donnent l’impression de n’avoir pas changé depuis des dizaines d’années.

Mais le voyage dans le temps passe de l’échelle de la décennie à celle des millions d’années lorsqu’on pénètre dans la Waipoua Forest. On abandonne toute idée de civilisation, tout repère temporel ou géographique alors que la forêt prive de ciel les virages sinueux. Dans cette jungle, une essence d’arbre est particulièrement majestueuse : le kauri, arbre sacré des maoris attenant des tailles impressionnantes.

Le soir, nous dormons au Trounsom Campground, où, comble du luxe, nous trouvons des douches chaudes ! La forêt attenante abrite des kauris et censément des kiwis, mais il faut pour voir ces oiseaux nocturnes une lampe émettant une lumière rouge (les lumières blanches les éblouissent). La journée ayant été longue, on plante la tente et « au lit ».

Le lendemain, les kauris sont bien au rendez-vous !
Le lendemain, les kauris sont bien au rendez-vous !

Le dernier jour de ce roadtrip s’avèrera bien moins impressionnant, les villes néo-zélandaises sont rarement belles mais celles de Dargaville et Ruawai avaient des airs de Lavelanet. Toujours cependant le virage est capable de surprendre pour révéler un nouveau paysage inattendu, et notre retour par la Nationale 16 nous aura fait profiter de beaux points de vue et même de sculptures d’art moderne en plein champ (pas eu le temps de prendre de photo, désolé).

Que de choses donc vues en 4 jours, il est temps de conclure cet article, la prochaine fois, je vous raconterai comment on peut faire rimer Noël et coup de soleil !

8 réflexions sur “Chapitre 13 : Holiday

  1. julien

    J’ai une remarque à faire. Outre l’aspect universitaire que tu as totalement laissé à l’abandon, par l’absence de texte justifié (Doux Jésus! :p ), j’aurais aimé que tu nous laisses le choix de la musique avec « Holiday » de Green Day par exemple… :/
    Je ne t’en tiens pas rigueur pour cette fois !

    (Les photos sont de mieux en mieux, I liiiiike!!!)

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    1. J’aurai tout le temps de justifier les textes l’année prochaine ahah
      Tu es parfaitement libre d’écouter du Green Day en lisant mon article, je ne t’en tiendrai pas rigueur ! Merci pour ta mansuétude et ta sensibilité artistique.

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  2. Cécile Jebeili

    Joyeux Noël Robin et merci pour ce récit et les photos; nous voyageons par procuration, c’est super !
    En revanche, « Holiday » de Madonna me paraît s’imposer !! Tss, Tss, allons Robin, reprenez-vous !!!!

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    1. Joyeuses fêtes à vous aussi, n’hésitez pas à envoyer des nouvelles afin que j’étudie le droit administratif par procuration, là comme ça ça me manque un peu.
      Attention cependant, avec Madonna on s’approche dangereusement des limites à ne pas franchir… Après ça, la menace de voir surgir du Britney Spears ou du Lorie devient terriblement tangible !

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      1. Frédéric

        Bon, puisque tout le monde y va de son holiday, moi je préfère celui des Bee Gees, (attention c’est leur 1ère période, avant qu’ils soient disco, que les moins de 50 ans ne semblent pas connaître…. un lien: https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=video&cd=6&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwiqsI_Vo_7JAhXCVRoKHceHBPsQtwIIMTAF&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DrEVc0RIVDmU&usg=AFQjCNGZicGRTK5ht8rbGbDYEQNQPopb2Q&sig2=_q8WO_BcrBgA6ZvYRS2Tsg&bvm=bv.110151844,d.d2s)

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