Chapitre 23 : The Devil’s Orchard

Opeth – The Devil’s Orchard

(Les Beatles c’est bien sympa mais si on sortait un peu des sentiers battus ? Jusqu’au verger du diable ?)

Il faut le dire, même si on devient vite accro à sa dose quotidienne de nouveaux paysages, ça fait du bien de s’installer pour quelques semaines. C’est au 11, Smith Street à Roxburgh, dans le Central Otago, que j’ai trouvé mon nid, une maison que je partage avec 3 autres Français (pure coïncidence, ça doit être un retour de karma après avoir publié cette liste de 10 techniques pour passer un an en Nouvelle-Zélande sans améliorer son anglais).

Tout comme Dunedin (dont le nom vient de celui d’Edinburgh), Roxburgh (prononcer Roxborough) tire son nom d’une ville écossaise. La rue principale s’appelle Scotland Street et la Clutha, 1er fleuve de l’île qui traverse le village après avoir reçu les eaux des lacs Wakatipu, Wanaka et Hawea, tire son nom du nom gaélique de la Clyde. Autant vous dire que la Nouvelle-Écosse est ici, pas au Canada.

Le climat est semi-désertique et le coin fait un peu penser à un décor de western ; c’est un des endroits les plus secs du pays, les Alpes néo-zélandaises abritant la région de la pluie. Toutes les cultures ici (et même parfois les prés) sont donc irriguées grâce à plusieurs grands barrages sur la Clutha.

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Les bords de la Clutha

Roxburgh est un gros village, il y a quand-même une supérette, une auberge de jeunesse et quelques autres commerces, l’ensemble vit principalement de la présence des travailleurs saisonniers. La première ville, Alexandra, est à 30 minutes en voiture.

« An apple a day keeps the doctor away » dit un proverbe anglais ! La raison pour laquelle je suis venu me paumer ici s’appelle CAJ Van der Vroot, ce n’est pas une belle néerlandaise mais bien la packhouse où je vais travailler. Ici, on emballe des pommes, mais beaucoup de pommes. 1 million par jour ces derniers jours selon mes calculs.

Environ 100 personnes travaillent dans l’usine : les pommes sont d’abord versées dans un bain qui les nettoie, puis la chaîne les achemine à l’intérieur où les graders les trient. Elles sont ensuite scannées par une machine qui les répartit par lignes où elles sont emballées, et les cartons vont au fond de l’usine où ils sont étiquetés et empilés pour être distribués un peu partout.

Là dedans, j’ai un boulot assez spécifique, je suis responsable de la machine à étiqueter les pommes que vous voyez au début, entre les graders et les packers. Il faut changer les rouleaux d’étiquettes quand ils sont terminés et s’assurer que tout se passe bien le reste du temps. Ça a l’air de rien mais le concepteur de la machine a pas dû penser que les étiquettes sur les engrenages, ça colle… 90% de mon boulot consiste donc à nettoyer les rouleaux et à décoller des étiquettes.

Honnêtement, on a beau être assez éloigné de ma conception du fun, c’est pas si mal, sûrement un des boulots les moins physiques et les moins contraignants. Si j’ai ce poste, c’est parce que je reste toute la saison, soit 2 mois et demi. Les journées vont de 6h du matin à 17h, avec trois pauses de 15 minutes et une demi-heure de lunch, soit 10,5h par jour, 6 jours sur 7, 63h par semaine. Travailler plus pour gagner plus, je l’ai voulu bien sûr, mais j’ai quand-même de la chance d’être sur ma plate-forme alors que d’autres soulèvent des cartons toute la journée.

The labels must flow. Tant que les pommes sont étiquettées, on me laisse tranquille. J’ai quelques tâches annexes comme réceptionner et organiser les nouveaux arrivages d’étiquettes ou arrêter/redémarrer la machine pour les pauses, mais j’ai pas mal de temps libre et je m’organise comme je veux. La contrepartie, c’est une certaine solitude, puisque je suis seul à mon poste… Quand on a rien à faire, 11h, c’est long. Ma plate-forme étant visible de tous, on m’a demandé dans les premiers jours de « look busy » (paraître occupé) et de ne pas m’asseoir pour ne pas rendre les autres jaloux. Prendre un balai, nettoyer le sol, « sois créatif » tant que tu n’as pas l’air oisif.

C’est ainsi qu’au bout de 3 jours, connaissant assez la machine pour pouvoir l’abandonner à elle-même par moments, je me suis mis à aider les collègues à leurs différents postes, dans un but premier de contact social. J’ai essayé 4 postes différents (pour l’instant) et je ne pense pas qu’il y en ait un mieux qu’un autre, tous devenant plutôt répétitifs très rapidement. C’est finalement pas si mal de pouvoir changer et parler à tout le monde sans avoir trop de comptes à rendre. C’est en tout cas plus supportable que de faire la même tâche pour toute la saison.

Travailler à l’usine n’est certes pas agréable mais c’est le plus haut salaire que j’ai trouvé (grâce au nombre d’heures, pas du taux horaire je vous rassure), de quoi aborder sereinement la suite du voyage et le retour au pays. C’est aussi une expérience personnelle importante à mon sens car la question du travail et de la place qu’il prend dans la société m’a toujours beaucoup intéressé. Vivre cette aliénation personnellement tout en gardant un certain recul, voir où mène un marché du travail dérégulé, ça apporte une épaisseur aux théories et de l’eau au moulin. Une condition primordiale cependant : que l’expérience soit provisoire…

Mes jours de congé sont les samedis, et sont occupés en premier lieu par le sommeil, le repos ainsi que la sieste. Je fais parfois un tour jusqu’à Alexandra, la ville la plus proche, l’occasion de se balader un peu et de faire ses courses pour un peu moins cher. Le weekend dernier (du 18 au 21 Mars) j’ai accueilli Julien, collègue de promo actuellement en tour (d’un bout) du monde, l’occasion pour lui de se poser un peu, de faire une lessive, d’uploader des photos et de réserver des billets d’avions. À Alexandra, on a fait la petite balade jusqu’au sommet de Clock Hill d’où on a une vue sympa sur la ville (pourtant très moche). On est rentrés en stop grâce à Ian, un hawaïen fraîchement débarqué pour son Working Holiday.

Comme vous vous en doutez, le rythme de vie se ralentit, ce qui n’est pas un mal. Je prends un peu plus le temps pour cuisiner (souvent à base de pommes, allez savoir pourquoi), écrire, ou encore regarder la 4e saison de House of Cards avec les colocs. Je planifie également un peu plus la suite ; ce qui se dessine actuellement, c’est 2 ou 3 dernières semaines de voyage en Nouvelle-Zélande, quelques jours en Australie (bien trop grande pour espérer tout voir, il faudra sûrement y retourner), un petit mois en Malaisie et un autre au Japon, avant de retourner en France courant août, à temps pour la rentrée des classes… Mais rien n’est encore fixé !

10 réflexions sur “Chapitre 23 : The Devil’s Orchard

  1. cathy vanthournout

    eh salut ! Quelques jours de repos forcés et me voici à nouveau à naviguer sur ton site; vraiment c’est passionnant, instructif et dépaysant; tes dernières réflexions sur le monde du travail sont très pertinentes, ta démarche pleine de bon sens!
    Merci Robin de nous faire partager ton voyage, au travers des photos mais aussi de tes réflexions et surtout de ton HUMOUR!!!
    Quant à nous : Simon s’apprête à partir en Suisse 3 mois pour son stage de fin IUT (j’irai lui rendre visite en mai avec Emma), Félix s’accroche pour essayer de valider sa première année et manifeste pour la défense du code du travail!, et Emma se prépare pour son passage au concours national de danse à Dijon. Le printemps est là ! et c’est tant mieux!
    Et pour les pommes, moi je les achète locales et bio!! Tant pis pour la recherche d’étiquettes!
    Des pensées et des bises .

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    1. Salut Cathy ! Merci, ça reste très court comme réflexion quand-même mais content que ça te parle !
      Je suis content de lire que tout va bien ! Bon courage aux trois et à toi aussi, c’est super !
      Tu as bien raison de ne pas acheter de pommes de Nouvelle-Zélande… Elles ont la tête en bas.
      Bises !

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  2. `Julien, collegue de promo`
    Quel sens du relationnel ! Je tiens a preciser encore une fois que je venais uniquement pour utiliser la wifi et le lave linge. Te voir n`etait qu`un detail bien entendu ! Aie aie aie

    Occupes toi bien de Jackie et bon courage pour l`ethiquage !

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  3. Cécile Jebeili

    Comment ça « Les Beatles c’est bien sympa mais si on sortait un peu des sentiers battus  » ?
    J’ai cependant beaucoup apprécié vos réflexions concernant le travail et je trouve votre démarche très intéressante … Comme quoi, je en suis pas rancunière !

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